21 février 2007

Deuxième partie: Des raisons architecturales  et culturelles  peuvent également expliquer leur installation.

A/ Le phénomène de gentrification comme accélérateur de l’évolution du quartier.

1/ Comment s’explique ce phénomène ? 

 

Paris_TPE_019C’est dans un premier temps un phénomène de départ des populations pauvres avant d’être, dans un second temps, un phénomène d'attraction  pour des populations plus aisées. La gentrification est donc une transformation de la composition sociale des résidents d'un quartier. 

Avec un rapport qualité prix intéressant, souvent situé en centre-ville et offrant des pôles générateurs d’emplois et/ou d’attraits culturels, c’est ainsi que la communauté homosexuelle a investit dans le Marais, faisant ainsi monter les prix.

Il existe une « économie rose » : les homosexuels ayant souvent des moyens financiers supérieurs à la moyenne de la population, une capacité de financement importante.

En France, un secteur sauvegardé est une zone urbaine soumise à des règles particulières en raison de son « caractère historique » , esthétique ou de nature à justifier la conversation, la restauration et la mise en valeur de tout ou une partie d’un ensemble d’immeuble bâtis ou non ( code de l’urbanisme, art. L. 313-1). Ces secteurs comprennent en particulier les centres historiques de nombreuses villes françaises.

Les secteurs sauvegardés résultent de la loi du 4 août 1962, dite loi Malraux. Deux lois précédentes contribuèrent déjà à la protection du patrimoine : la loi du 31 décembre 1913 traitait seulement des monuments historiques et la loi du 25 février 1943 de leurs abords.

L’objectif de Malraux, alors ministre de la culture était beaucoup plus large puisqu’il s’agissait de 150px_Malrauxpréserver l’aspect de quartiers entiers à tous les niveaux pertinents : façades, rues, cours, toitures… La loi voulait en même temps adapter ces quartiers à la vie moderne afin d’éviter d’en faire des musées en plein air. Pour y parvenir, elle mettait un vaste éventail d’actions à la disposition de l’État : rénovation de bâtiments, amélioration de la voirie, création de petits espaces verts, voire la création de parkings dans les cours intérieures : la loi a sauvé la personnalité ainsi que la particularité du quartier. Cela dura longtemps avant que Paris ne découvre ce patrimoine de valeur. Lorsqu’on commença à rénover le Marais, tout le monde fut fasciné par le charme de ce quartier oublié. Ce fait encouragea les politiciens et les architectes à continuer dans cette direction.

photo_ass " L’association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique ". L’organisation privée qui fut fondée en 1963 s’engage à promouvoir, protéger et faire connaître les quartiers anciens de Paris, notamment le quartier du Marais. Ses actions visent premièrement à la sauvegarde par le moyen de campagnes d’opinion publique et des interventions auprès des personnes à haute responsabilité pour empêcher des destructions ou des constructions déplacées. Le deuxième but de l’association est la mise en valeur, c’est- à dire la restauration des bâtiments anciens. L’association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique et l’organisation chaque année du Festival du Marais créèrent un mouvement d’opinion nécessaire à l’entreprise colossale de réhabilitation.

La fondation du Festival théâtral et musical du Marais en 1962 aida aussi à attirer l’attention de Paris et du monde entier sur ce quartier. Avec cet évènement, l’association (un petit comité à l’époque) réussit à montrer aux politiciens et à d’autres hommes de responsabilité qu’il est nécessaire de restaurer le Marais, un quartier aux grandes richesses.


B/ Un phénomène de possibilité commercial.

1/Le développement du commerce.

Grâce aux locaux disponibles et aux prix raisonnables, les communautés juive et homosexuelle vont s’installer dans le Marais et y développer le commerce. La confection pour les premiers, les bars, restaurants, boutiques et galeries d’arts pour les seconds.

La présence juive, déjà amputée par les déportations, diminue encore avec le départ des artisans Paris_TPE_023et des entrepreneurs. Du Marais juif, seule la rue des Rosiers et quelques rues adjacentes continuent à représenter la communauté par ces devantures de restaurants et autres magasins d’alimentation. C’est à la même époque qu’arrive la dernière vague d’immigration dans le Marais avec les juifs nord-africains, les « Sépharades », qui vont donner à la rue des Rosiers la couleur qu’on lui connaît. Ils se sont insérés dans les professions occupées dans le passé par lesParis_TPE_015 immigrés ashkénazes, comme la confection.

Les possibilités commerciales du Marais, liées au phénomène de gentrification ont attiré les homosexuels. En effet, dans les années 1980, le quartier est en rénovation, beaucoup d’établissements commerciaux sont en vente et les prix sont très bon marché. Les homosexuels sont alors à la recherche de bars donnant sur la rue afin d’avoir une visibilité dans la ville pour insérer la vie homosexuelle dans la vie quotidienne et la banaliser. Cela se concrétisera avec l’ouverture du premier bar gay : rue du Plâtre en 1978. Cette installation va accélérer le phénomène de Photo_053réhabilitation et de redynamisation du quartier .En France s'est donc produit un phénomène inverse au phénomène américain.

L’attrait des homosexuels pour les bars de nuits, qui sont des lieux protégés, a permis de développer ce quartier en tant que quartier homosexuel. Ils aiment sortir, faire la fête, danser, voyager. Le Marais représente alors pour les homosexuels un fief : c’est là-bas que se concentrent leurs principales activités, leurs vies. 

C’est une communauté qui compte une forte représentation de cadres, de professions libérales et artistiques. Son pouvoir d’achat est de 30% supérieur à la moyenne des français. Ils ont donc une forte propension à consommer notamment pour les loisirs et la culture, entretenant le culte du corps et de l'esprit. Photo_057

Sans enfants, ils ont une répartition de leurs dépenses très différente du couple hétérosexuel moyen. Ainsi ils vont deux fois plus souvent au cinéma et fréquentent 10 fois plus les salles de gym. Ils aiment, également sortir, faire la fête, danser, voyager, faisant la joie des lieux de vie. Des commerces se sont spécialisés sur cette clientèle à fort pouvoir d’achat.

Par exemple des voyagistes proposent des séjours conçus pour les homosexuels, des restaurants, des hôtels, des night clubs ou encore des agences de rencontre ciblent leurs attentes.

On assiste donc à un véritable business « rose ».

La communauté homosexuelle constitue un excellent terrain d’étude pour les expériences marketing Photo_005(cosmétiques pour hommes). Les homosexuels sont alors, souvent, considérés comme des « early adopters » toujours à l’affût de la nouveauté et de l’originalité. Leur pouvoir d’achat leur permet de s’intéresser de près au design et aux créateurs, de dénicher ainsi de nouvelles tendances. Un produit ayant passé avec succès le test auprès de cette clientèle a dePhoto_046 bonnes chances d’être une réussite auprès du grand public. Ils ont ainsi réussit à développer les boutiques dePhoto_027 mode au sein du Marais, très visibles dans le rue des Francs-Bourgeois et Rue de Rivoli, deux rues bondées de boutiques. Par exemple le cas de la marque de sac Martial Viahero, adoptée par les homosexuels et devenu un succès avec 300.000 exemplaires vendus.


Les homosexuels intéressent également les fabricants de cosmétiques pour hommes. Beiersdorf a ainsi passé un partenariat avec le portail gay.com pour diffuser à la fois des échantillons de sa gamme Q10 signée Nivea for men et des questionnaires dans le quartier parisien du Marais. Les réponses permettront à la marque d’améliorer ses produits: une étude qualitative à l’échelle d’un quartier, quelle marque n’en a pas rêvé ?


2/ Le développement des logements.

L’état des logements est une des raisons de l’installation successive des juifs et des homosexuels dans le quartier du Marais.

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Pour les premiers, la présence d’ateliers de textile depuis le Moyen- Age ainsi que l’insalubrité des locaux, les ont conduits à investir ces habitats. Ces immigrants, sans ressources trouvaient là une alternative à leur pauvreté.

A partir des années 80 ce quartier voit l’arrivée d’une nouvelle communauté. Les homosexuels, à la recherche de locaux pour ouvrir des bars et des restaurants s’y installent, attirés par des prix alors raisonnables.

A cette époque le quartier est en pleine rénovation. La communauté homosexuelle a donc participé, également au un phénomène de gentrification.

Ces mesures permettront au Marais de connaître un renouveau.

C/ Le développement artistique du Marais 

C’est entre 1960 et 1980, que le Marais, devient le point de rencontre de nombreux artistes. DesPhoto_011 poètes, des peintres, des sculpteurs, des écrivains viennent y chercher leur inspiration et y déposent « leurs valises ». Les ateliers d‘artistes, les galeries de peinture, les cafés branchés, les salons de thé, envahissent le quartier, et contribuent, ainsi, à le qualifier de « quartier littéraire et artistique ». Cet environnement culturel va attirer la communauté homosexuelle férue de culture et de mode.

De nombreuses expositions, de peintures, de photos, de sculptures vont assurer le rayonnement artistique du Marais et amener le grand public à découvrir ce quartier insolite de Paris.

Le reportage Paris des années folles en 1980 contribua également à l’installation ides homosexuels dans ce quartier qui s’y sentaient reconnus et en sécurité.

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A partir de ce moment les activités culturelles ont connues une forte croissance dans ce quartier. Citons notamment: Benn. Paysages et visages
de Paris(1986), Le Palais-Royal(1987), Journal universel. L'Illustration. Un siècle de vie française(1987), Madame de Sévigné, Robert Doisneau(1995), Arts sur tables(2000).


L’engagement, le dynamisme et le professionnalisme des galeristes du Marais en font dPhoto_009es acteurs culturels essentiels tant en France qu’à l’étranger. De nombreux événements en témoignent.

C’est ainsi qu’une soixantaine de galeries d’art contemporain se sont associées pour créer les Nuits du Marais. Le Marais se modernise et devient alors, pour deux soirs, une scène où galeristes et artistes invitent le public à découvrir toute la richesse de la création contemporaine.

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Outre les galeries, ateliers d’art contemporain, le Centre Georges Pompidou, inauguré en 1977, a été l'un des lieux phares ayant contribué, de par sa programmation artistique, à l'attractivité de la communauté homosexuelle.


 

Cet attrait culturel peut également s’expliquer par la richesse des monuments historiques présents Photo_030dans le quartier du Marais. Le périmètre délimité par la place de la Bastille, Beaubourg, la place de la République et la Seine, regorge de nombreux musées: le Musée Carnavalet, le Musée de l’Histoire de Paris, le Musée Picasso, le MuséeParis_TPE_013 d'art juif, la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris et bien sûr le Centre Georges Pompidou.

La maison de Victor Hugo, place des Vosges constitue également une source importante de l’esprit littéraire du Marais.

Le Marais compte également un grand nombre d’hôtels, construits par des aristocrates lors de l’édification de la place des Vosges ancienne Place Royale. 

Photo_006Citons: l’Hôtel de Beauvais, l’Hôtel d'Aumont, l’Hôtel de Sully ( construit entre 1625 et 1630 pour un riche financier, acheté par Sully en 1634), l’ Hôtel du Marais, l’Photo_034 Hôtel du Vieux Marais, l’Hôtel de Sens (forteresse du Moyen-âge construit entre 1474 et 1519 pour l’évêque de Sens), l’Hôtel de Montmor (construit entre 1623 et 1630 pour Jean de Montmor, trésorier des guerres) ou encore l’Hôtel d'Albret (Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris).


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La plupart de ces ex hôtels particuliers ont été transformés en musées: l’Hôtel de Sully, consacré à la photo, l'hôtel Salé, devenu le musée Picasso, l’Hôtel Lamoignon, le musée Carnavalet, relié avec l’Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau par une galerie…. 


    La richesse architecturale et culturelle qu’offre ce quartier est également à l’origine de l’arrivée des juifs et des homosexuels. Ces derniers ont participé au développement d’un Marais artistique où galeries et musées fleurissent de jour en jour.


Conclusion:

La similitude des situations dans lesquelles étaient les communautés juives et homosexuelles (persécutions, rejets de la société, mises à l’index) ont conduit celles-ci à se regrouper et à s’installer dans ce quartier de Paris qui était alors déshérité et en voie de réhabilitation. 

Néanmoins il existe des divergences dans l’approche du quartier par ces communautés. La communauté juive s’est constituée autours de commerces et d’artisanat liés à la confection, alors que la communauté homosexuelle s’est tournée vers les lieux de vie (bars et restaurants) et les galeries d’art.

Rupture et continuité vont donc de pairs dans ces installations: les juifs se sont installés selon des courants d'immigration plus ou moins imporatnts et selon des époques diversifiées. Cependant leur présence a été sans constante dans ce quartier, même aujourd'hui cette communauté reste importante aux alentours de l'ancien Pletzl.

Les homosexuels ont, eux aussi, "eus recours" au modèle d'installation de manière constante ou changeante. Après une brève installation en 1880, ils ont ensuite changé de lieu d'habitat pour finalement revenir un siècle plus tard dans le Marais s'ancrer de manière constante.









Posté par Le Maraisien à 15:02 - - Permalien [#]