23 février 2007

Première partie: Des raisons sociologiques font naître des similitudes entre l’installation des communautés juives et homosexuelles dans le Marais.

A/ L’ancrage des juifs et des homosexuels dans le quartier du Marais est liée à une stigmatisation de la société, un sentiment d’exclusion commun

1/ Un sentiment de mal être ressenti par ces deux communautés.

Chez les juifs, les premiers signes d’exclusion remontent au XIVème siècle, lorsqu’ils furent chassés des pays de l’est (Ashkénazes). Une majorité de juifs se réfugient en France où ils ne trouvent pas un accueil chaleureux. Ils sont exclus de presque toutes les professions artisanales et agricoles, ainsi que des métiers à charge noble (enseignants, avocats,…). Ils ne sont tolérés que comme usuriers ou prêteurs sur gages, activités qui étaient interdites aux Chrétiens.

250px_Isabelle_la_Catholique__1_En France les juifs vont être persécutés sous Philippe le Bel (en 1306) et par Charles VI en 1394.En Espagne l’Inquisition mené par Isabelle la Catholique, en 1492 entraîne le départ des juifs d’Espagne qui se réfugient dans un premier temps dans l’empire ottoman puis en Europe Occidentale (Allemagne et France). Cette Inquisition est à l'origine de leur arrivé en France.                                                                                                                                                 

 A la fin du XIXe siècle, qui est devenue la « Belle Époque » , des artistes juifs paraissent s’ouvrir à la modernité, comme s’ils annonçaient déjà l’explosion qui va caractériser le siècle suivant. Une grande collection d’art juif illustre cette naissance. Celle notamment d’Isaac Strauss, d’origine alsacienne, lequel a rassemblé des objets de culte issus de l’Europe entière. Ils furent présentés à l’exposition universelle de 1878. Mais comme à cette époque la vision moderne est une vision marginale, les rares artistes juifs sont exclus, comme leurs semblables.

Paris_TPE_029Les juifs sont également la cible d’exclusion sur le prétexte usuel des différences vestimentaires et alimentaires. Les juifs affirment librement leur religion dans leur manière de se vêtir et dans leur alimentation. Ces coutumes religieuses sont souvent vues par les catholiques comme des « accoutrements ridicules », ce qui prouve une fois de plus l’exclusion renforcée des juifs dans le territoire français.

 Tout au long du XXème siècle, la communauté juive continue de s’installer en France, et notamment dans le quartier du     Marais, à Paris et ce de manière relativement lente, mais constante. Fuyant les persécutions orchestrées par les Tsaristes, les pogroms et la misère, les Juifs d’Europe Orientale arrivent en France entre 1881 et 1939.

Ils viennent de petits villages moyenâgeux de la Bessarabie russe, de la Galice austro-hongroise, de la Pologne ou encore de la Lituanie, ils veulent gagner l’Amérique et s’arrêtent à Paris.img001

C’est l’époque, au XIXème siècle, en France, des campagnes antisémites menées par Emile Drumont, Alphonse Daudet avec la France juive, La Libre Parole puis l’affaire Dreyfus qui divise la France et renforce l’exclusion des juifs de la société. Les antisémites dénoncent le « complot juif ».                                 

Entre les deux guerres, une autre vague d’immigration, beaucoup plus importante, venue d’Europe de l’Est, concernent essentiellement ceux qui fuient les dictatures et la répression policière (Pologne, Roumanie, Hongrie, Bulgarie) mais aussi la misère due à la crise de 1929.                                                       

           Chez les homosexuels, ce sentiment de mal être répond à un sentiment de danger. Ils se sentent agressés par le monde extérieur qui les marginalisent et les rejettent à cause de leurs différences (orientation sexuelle, façon de s’habiller, centres d‘intérêts..). Dans certains milieux l’homosexualité demeure encore une honte. Ce rejet peut parfois entraîner une autodestruction allant même jusqu’au suicide.

Dues aux pressions sociales, familiales ou identitaires, 30% des jeunes homosexuels ont déjà fait une tentative de suicide. Ce taux est quatre fois plus élevé que chez les hétérosexuels du même âge. En effet, l’homosexualité, bien que de plus en plus acceptée, reste très difficile à vivre dans les sociétés actuelles où le modèle dominant reste l’hétérosexualité. La plupart de ces tentatives de suicide chez les homosexuels ont lieu pendant la période de découverte de l’homosexualité. Le soutien familial est parfois absent dans cette période délicate. Au sein de la famille et de la société, les homosexuels sont souvent vus comme des marginaux, ce qui explique en partie le taux de suicide relativement élevé chez cette communauté. Les orientations sexuelles spécifiques de la communauté vont à l’encontre de ce qui est enseigné. Les homosexuels se sentent ainsi différents de ce que la nature permet, et ont alors l’impression d’être exclus de part leur différence.

L'homophopie témoigne également de ce problème d'exclsuion, elle peut même expliquer cette marginalisation personnelle homosexuelle.

2/ Des événements et des manifestations démontrent que ces deux communautés sont à part, voire exclues de la société.

- Affaire Dreyfus : 1894-1899 :

Ce fut une des plus grandes crises politiques et morales de la IIIème République, qui déchaînaDreyfusDet l'opinion publique de 1896 à 1899 sur la culpabilité du capitaine d'origine juive Alfred Dreyfus, condamné à tort pour espionnage. Au-delà du scandale judiciaire, "l'Affaire" révéla un antisémitisme profond et mis en exergues l’exclusion de cette communauté par la population, mais aussi par l’Église. Ce qui choque à l’époque c’est que Dreyfus ait été, jusqu’à son procès accusé par l’ensemble des institutions et notamment l’Église. C’est d’ailleurs ce qu’à dénoncé Emile Zola dans sa lettre « J’accuse »,      
parue en 1898, où l’écrivain blâme les responsables directs de cette crise.

sida -Le problème d’exclusion à propos du SIDA :

la communauté homosexuelle souffre depuis sa « libéralisation » d’une exclusion évidente dans le domaine de la santé. En effet, ils se sont vus interdire par une circulaire de 1983 le droit de faire don de leur sang. Celle-ci ne concerne que les homosexuels hommes ayant des partenaires multiples. Les homosexuels sont ainsi victimes de discrimination, victimes de stéréotypes négatifs les empêchant alors d’exercer librement et en bonne conscience leur droit civique. Leur droit de citoyen se voit donc restreint.

-Manifestation des homosexuels avec la Gay Pride :

La Marche des fiertés, traduction du terme Gay Pride, qui demeure beaucoup plus utilisé en françaisGayPrideCD_front, est une manifestation qui prône la tolérance et l'égalité pour tous les homosexuels, bisexuels et transsexuels. Pour faire mentir l'adage qui prétend que pour vivre heureux il faut vivre caché, les participants des diverses Marches des fiertés affichent sans complexe leurs orientations sexuelles. Cette manifestation témoigne de la réunion massive d’une même « catégorie » de personnes: la gay pride est réservés aux
homosexuels. Elle symbolise donc un sentiment général d’exclusion qui mène au communautarisme.

- Symboles par exemple le Raimbow Flag pour les homosexuels :

Il est vraisemblable que le choix du drapeau arc-en-ciel comme symbole de ralliement de la communauté homosexuelle soit une référence à la chanson rainbow_flagOver the rainbow chantée dans le film The Wizard of Oz(Le magicien d'Oz) par l'actrice Judy Garland, icône gay dont l'enterrement a indirectement provoqué les émeutes de Stonewall (que la gay Pride commémore chaque année). Une autre théorie explique ce choix par la diversité des couleurs en symbole des différentes orientations sexuelles. Dans tous les cas, ce drapeau a été choisi pour représenter une part spécifique de la population, les homosexuels. Il démontre dans une certaine mesure que les homosexuels sont différents et qu'ils doivent pouvoir se reconnaître entre eux.

B/ Un esprit de communautarisme. 

1/ Une volonté de se regrouper pour se protéger :

Les replis communautaristes, comme réflexes de défense.

Victimes d’exclusion et de rejets, ces deux groupent sociaux développent une volonté de se mettre à l’abri et de se protéger ensemble contre les autres. On peut associer cela à un sentiment de solidarité.

Le quartier, où ils se regroupent devient donc un lieu commun de sécurité, avec le risque qu’il apparaisse comme un refuge voire un ghetto. Ce terme a été repris par les sociologues de l’École de Chicago, pour définir les lieux d’habitations des minorités.

A travers le ghetto on assiste à la reconstruction d’une identité collective.

Ainsi le quartier du Marais, qui regroupe une forte concentration de ces deux communautés, peut être parfois associé au terme de ghetto juif ou ghetto gay.

Les juifs se sont regroupés à un moment du Moyen –Age car le Marais a d’abord été pour eux un refuge. Les juifs vivent alors les uns avec les autres, se protégeant mutuellement.

On peut donc parler de ghetto. Ce terme ne vient cependant pas de leur installation dans le Marais, même s’il parait assez juste de l'employer pour ce quartier marqué par un fort communautarisme juif. Le ghetto juif a définit une identité commune juive, le Marais s'est vu transformé par ces coutumes représentatives. Aujourd'hui, ce terme de ghetto juif est très peu employé, on considère même qu'il est incorrect puisque le Marais ne vit plus selon des habitudes juives.


ghetto_cantineEn effet le nom provient du ghetto juif de Venise dans le quartier de Cannaregio. La résidence dans
ce quartier fut imposé et réservé aux juifs sous la République de Venise. Il a été successivement agrandi, ajoutant au Ghetto Vecchio des origines le Ghetto Novo puis le Ghetto Novissimo.


A Paris, le havre pour la communauté juive depuis le 13ème siècle était le Marais (la traversée du Marais est semble t-il une étape obligée du parcours du Juifs français, point de départ ou retour aux origines). Là bas les plus démunis y trouvaient de l'aide et tentaient de se protéger des inépuisables accusations de saleté, de promiscuité et de fanatisme dont ils faisaient l'objet. Ils bénéficiaient d’une aide de leurs semblables. Cette protection assurait alors aux juifs une sorte « d’appui » moral : en étant ensemble, en se sentant solidaire, les juifs du Marais pouvaient se réfugier et se sentir ainsi moins exclus de la société.

Malheureusement il devint pendant la guerre un guêpier qui permit aux autorités d'arrêter un très Paris_TPE_038grand nombre de personnes aux cours des rafles. L’année 1942 est l’année où les juifs ont le plus souffert de cet ostracisme, puisque c’est en 1942 que le plus grand nombre de juifs furent déportés vers les camps. Sur les 235 enfants raflés le 16 juillet 1942, seuls quelques-uns réussirent à en échapper grâce à un « Juste », Joseph Migneret, le directeur de l’établissement des Hospitalières Saint-Gervais.        

    

 Pour les homosexuels, cet esprit de communautarisme est en partie dû à une situation cœrcitive. Dans les années 1970, l’installation de bars gays, dans la rue Saint- Anne, dérangent, la police et la presse bien pensantes s’acharnent, les établissements ferment. Face à la pression sociale, ils sont donc contraints, quelques années plus tard (1980) de partir et c’est le Marais qu’ils choisissent, l’un des rares lieus où ils sont tolérés, reconnus et acceptés pour ce qu’ils sont. Cependant, même si le seul havre de paix parisien pour les homosexuels demeure le Marais, certaines actions font entretenir l’auto stigmatisation, plutôt que l’intégration.                                                                                              

L’existence d’un ghetto peut donc en quelque sorte se justifier. 

Le terme « ghetto » ne se limite pas, chez les gays, strictement à un quartier car il est plus largement employé pour traduire le style de vie d’individus qui n’existeraient qu’au sein de réseaux.


Photo_059L’apparition de drapeaux gays aux devantures des bars, la multiplication des collections littéraires gays, le développement de « Gay and Lesbiens studies », peuvent, ainsi être des indices d’un repli identitaire des gays français, eux-mêmes se considérant donc comme une communauté à part entière.

Cependant ce terme de communautarisme est à nuancer, il décrit plutôt, une recherche de sécurité, un espace refuge, un lieu identitaire.

On assiste, actuellement à un net déclin du communautarisme par rapport aux années 90 Photo_058durant lesquelles la peur liée à l'épidémie du sida, renforcéé par l'absence de droits pour les couples homosexuels, incitait ces derniers à se regrouper autour de positions communautaires plus radicales.                                                             

2/ Une volonté de se regrouper pour lutter.

Chez les juifs, l’antisémitisme dont ils sont victimes, depuis de nombreux siècles tend à les regrouper, au même titre que les homosexuels face à leurs difficultés d’intégration.

La communauté juive a souvent essuyé des rejets qui remontent à la nuit des temps. Il n'y a alors pas encore d'Etat juif, ce qui explique l'infériorité qu'elle génère. Les juifs doivent faire face aux stéréotypes de la population catholique : ils sont perçus comme riches, et sont « accusés » de détenir une majorité de la fortune nationale. Les juifs sont des victimes définies de l’Etat, de la société, et même de l’Église. Cette « haine » envers les juifs entraîne un sentiment de rébellion de cette communauté.

De plus, les juifs ont longtemps été considérés coupables de la mort du Christ.

C’est donc dans un but commun de se défendre et de protéger des intérêts que les juifs se sont regroupés dans un même quartier.

175px_Arcadie_cover_1975Jusque dans les années 1960, le mouvement homosexuel se cantonne essentiellement à des groupes homophiles tel qu’Arcadie. C’est véritablement à partir des années 1970 que l’espace communautaire va devenir un espace de lutte,
s’appuyant naturellement sur l’héritage de mai 68 et du   
mouvement féministe.

Quelques années plus tard, la communauté homosexuelle va connaître un tournant majeur dans son histoire. Le SIDA apparaît en pleine désagrégation du mouvement homosexuel. En France, il devient un problème d’ampleur nationale vers 1987-1988.

Émergent alors les premiers débats sur l’épidémie dans les bars homosexuels parisiens. Paradoxalement le SIDA va ressouder la communauté gay qui tend à se replier davantage sur elle-même. 

Ensembles, ils souhaitent ainsi se défendre et lutter contre l’homophobie et les rumeurs de séropositivité systématique dont ils font l’objet.

Les juifs comme les homosexuels ont donc, à un moment de leur installation, été exclus de la société. C'est cette exclusion qui est à l'origine du communautarisme de ces deux communautés, celles-ci voulant à tout prix se regrouper pour se protéger.

L’exclusion et le communautarisme, qui sont des facteurs sociologiques, peuvent donc expliquer en partie l’arrivée de ces deux communautés dans le Marais. Cependant, d’autres raisons peuvent être à l’origine de leurs installations successives dans le même quartier.

Posté par Le Maraisien à 11:00 - - Permalien [#]